Depuis la chute de la ville d’Uvira aux mains des troupes de l’AFC/M23, la ville de Baraka en territoire de Fizi est de plus en plus asphyxiée. Bénéficiaire en grande partie des échanges commerciaux avec Uvira, Bujumbura et la Tanzanie, la pratique devient de plus en plus compliquée.
En effet, à la chute d’Uvira, l’autorité urbaine de Baraka avait alors pris la décision interdisant tout accostage des bateaux et toute autre embarcation en provenance de cette ville désormais considérée comme zone ennemie.
Depuis lors, les opérateurs économiques tentent de faire des navettes sur Bujumbura ou encore les ports de la Tanzanie pour tenter de s’approvisionner et alimenter les marchés dans la ville de Baraka.
Arrivés à Bujumbura ou en Tanzanie, les commerçants sont d’abord perçus comme des réfugiés par les services migratoires de ces deux pays. Ils sont alors conduits vers les camps de transit réservés aux réfugiés.
C’est seulement deux à trois jours après que certains sont relâchés, et cela après avoir fourni les explications nécessaires prouvant qu’ils sont venus plutôt pour le commerce, témoigne l’un d’eux contacté par Radio Maendeleo.
À ceci s’ajoutent des tracasseries et d’autres contraintes auxquelles sont soumises les personnes qui réalisent ces mouvements.
Cette situation a occasionné la rareté des produits vivriers sur le marché dans la ville de Baraka, explique la société civile locale. Il s’agit par exemple des poissons et des fretins qui viennent essentiellement de la Tanzanie.
Suite à cette rareté, les prix ont aussi pris de l’ascenseur, poursuit notre source. C’est par exemple un petit morceau de savon qui coûtait 500 Fc mais qui se vend aujourd’hui à 1000 Fc, un litre de carburant qui se négocie à 7000 Fc contre 4000 ou 5000 Fc auparavant, un sac de farine de 25 Kg qui est passé de 30.000 à 50.000 voire 60.000 Fc et une mesure de haricot qui est passée de 2000 à 3000 Fc voire 4000 Fc.
Sur le plan de la justice, rien ne marche actuellement dans cette troisième ville du Sud-Kivu, explique un défenseur judiciaire dans la zone. Après la prise de la ville de Bukavu en février 2025, tous les magistrats du ressort avaient pris fuite, certains à Kinshasa et d’autres à Kalémie dans la province du Tanganyika.
C’est seulement plusieurs mois après que quelques magistrats du parquet feront leur retour mais, avec le désordre instauré par la surmilitarisation de la ville, ces derniers ne resteront que des magistrats de nom car les armes s’imposaient sur tout.
Avec la récente chute d’Uvira, ajoute notre source, tout est encore plus paralysé qu’avant. Même les quelques magistrats présents sont repartis laissant l’appareil judiciaire paralysé.
Désormais, c’est l’État de nature qui règne donnant libre cours aux assassinats, aux meurtres, aux arrestations arbitraires, à la justice populaire, aux règlements des comptes et à toute autre forme de violations des droits de l’homme, conclut notre source.
Par Étienne Mulindwa