Le village de Ciranga situé dans le groupement de Bugorhe en territoire de Kabare à plus ou moins 50Km au Nord de la ville de Bukavu a été la cible d’une attaque d’hommes armés dans la soirée de jeudi 28 Aout 2025.
Il s’agit d’un village emblématique qui compte plus de 20.000 habitants et au sein duquel se trouve l’un des plus grands hôpitaux de la province du Sud-Kivu à savoir l’hôpital général de la FOMULAC-KATANA.
Tout a commencé aux environs de 18h lorsqu’un groupe d’hommes armés a fait incursion dans cette partie du Sud-Kivu semant une panique généralisée au sein de la population.
Des témoignages recueillis sur place indiquent que ces bandits ont d’abord terroriser les habitants au petit marché dit « Chez Kajangu » proche de l’hôpital général de la FOMULAC-KATANA avant de ravir des téléphones portables et de l’argent dans certaines boutiques et maisons commerciales de la place.
Comme si cela ne suffisait pas et agissant comme s’ils étaient guidés, ces bandits se sont rapprochés de la boutique appartenant à Mr Charles CINYUKA MUHIMUZI dit Azampane, chauffeur de son état à la zone de santé de Katana.
Alors ce dernier et son épouse étaient sur le point de fermer la boutique, ils vont être ligotés par ces bandits lourdement armés, témoigne un habitant de la place qui a vécu les événements.
« je pense qu’ils sont venus pour un objectif précis. Voler des téléphones portables dans des boutiques voisines, c’était comme un simple camouflage ou alors juste une façon d’intimider et terroriser pour mieux atteindre la cible », témoigne Lebon Habamungu, un des détenteurs d’une boutique dans ce petit marché.
Et de poursuivre « d’ailleurs j’ai entendu des paroles très fortes. Ils étaient organisés car ils se rangeaient selon la priorité. Et c’est là que j’ai vu qu’ils avaient déjà ligoté Papa Azampane et son épouse ».
Dans la foulée, Mr Charles CINYUKA MUHIMUZI dit Azampane et son épouse ont été maîtrisés et amenés de force à leur domicile dans le camp des infirmiers et autres agents de l’hôpital général de référence de Katana.
« je ne sais pas ce que je peux mais en nous amenant jusqu’à la maison, je pense qu’ils avaient d’autres objectifs. Et je pense qu’ils cherchaient quelqu’un d’autres ou alors nous forcer à donner les adresses des personnes qu’ils n’ont pas trouvé chez-nous. Si c’était pour l’argent seulement, je pense que l’opération prendrait fin au marché dans notre boutique. Et puis, ils m’ont posé des questions sur mon fils CIBONERA MUHIMUZI Jean Luc. Mais pour quelles raisons? Peut-être c’est lui qu’ils sont venus chercher ? », s’inquiète NABINTU M’KASISI Adèle, épouse à Papa Azampane.
Dans cette opération, ces bandits ont d’abord fouillé toutes les pièces de la maison. N’ayant trouvé personne d’autres à part le père, la mère et une fille sous tutelle, ces bandits ont alors torturé le père et la mère avant de violer la fille du nom de CIDORHO BAHANUZI Joëlle. Tous sont admis à l’hôpital pour des soins appropriés après les traumatismes et coups subis.
Une somme importante d’argent a été emportée, des téléphones portables et d’autres appareils détruits. Avant de s’enfuir, ces bandits ont proféré des lourdes menaces à leurs victimes promettant de revenir avant de visiter d’autres maisons de la place.
Une attaque ciblée ?
Dans ce village de Ciranga, les attaques du genre sont très rares voire inexistants. C’est peut-être l’une des raisons qui fait que les rebelles de l’AFC/M23 qui contrôlent la zone n’ont pas trouvé de raison d’y placer un poste de sécurité.
Des organisations de défense des droits humains et la société civile locales estiment que l’attaque a été menée sous la complicité des personnes connaissant bien la famille de Mr Charles CINYUKA MUHIMUZI et qui, à première vue, n’en voulaient pas de son succès ni d’aucun de ses membres.
« j’ai l’impression qu’ils croyaient rencontrer un de mes enfants bien identifié pour l’éliminer physiquement. En plus, leur mode opératoire ressemble à un avertissement fait à la famille afin qu’elle prenne ses dispositions », indique pour sa part un infirmier voisin à Papa Azampane.
L’opération s’est déroulée dans une zone contrôlée par les rebelle de l’AFC/M23 et pendant des heures où il était possible d’intervenir.
En effet, indique le Comité pour la Promotion et le Relèvement de Ciranga FOMULAC, il existe un poste de sécurité à moins de 10Km du lieu où s’est déroulée cette attaque mais aucune intervention n’a été enregistrée pourtant l’opération a duré plusieurs heures.
« nous condamnons avec la dernière énergie ces genres d’attaques qui ternissent le caractère paisible et pacifique de notre cher et beau village. Il est anormal que des habitants alertent durant plusieurs heures au sujet d’une attaque mais que les autorités censées assurer la protection des citoyens et leurs biens n’agissent pas », a déclaré Me Adia Bidugu, secrétaire de cette structure dont la mission est défense des intérêts de ce village.
Et de poursuivre « c’est depuis des années que les fils et filles de Ciranga-FOMULAC se battent pour leur dignité et l’essor de leur terroir. Nous mettons en garde toute personne d’où qu’elle vienne qui tenterait de freiner cet élan. Nous apportons notre soutien à Papa Charles CINYUKA MUHIMUZI et exhortons tous les habitants à demeurer solidaires ».
Entre temps, le chef du village Mr Sangano Lushombo contacté, indique que les enquêtes sont en cours pour essayer de mettre au clair cette question malgré le contexte sécuritaire qui prévaut dans les zones occupées par la rébellion.