Les rumeurs faisant état de la disparition des organes génitaux continuent de prendre de l’ampleur dans l’opinion à Bukavu et ses environs, particulièrement à travers les réseaux sociaux.
Plusieurs vidéos devenues virales sur différentes plateformes présentent des personnes poursuivies par la clameur publique sous prétexte qu’elles auraient occasionné la disparition des organes génitaux dans les trois communes de la ville de Bukavu.
Radio Maendeleo s’est penchée sur la question.
Tout a commencé dans la commune d’Ibanda, plus précisément au quartier Nyalukemba. Un jeune vendeur de crédits prépayés s’est plaint publiquement, accusant un acheteur d’avoir provoqué la disparition de son organe génital.
Cette accusation a alors suscité la curiosité de plusieurs personnes qui, sans trop réfléchir, s’en sont prises au présumé auteur. C’est seulement grâce à l’intervention du chef de quartier et des services de renseignements que celui-ci a été sauvé.
Tout contrôle fait, il ressort que l’organe génital jugé disparu était toujours en place, a confirmé le chef de quartier Nyalukemba, Kajibwami Cheru Makila.
De nouvelles vidéos ont été partagées, indiquant que des faits similaires se seraient produits à Panzi, à Kadutu et à Bagira. Pour le chef adjoint du quartier Panzi, Christophe Itongwa, il s’agit d’informations mensongères propagées uniquement sur les réseaux sociaux.
Même situation pour le cas de Kadutu, indiquent des sources de la société civile locale.
Au quartier Mulambula dans la commune de Bagira, une autre personne a échappé de justesse après avoir été accusée d’avoir occasionné la disparition de l’organe génital de son prochain.
Toute vérification faite, il s’agit plutôt d’un manutentionnaire à Kalengera. Celui-ci voulait échapper aux personnes qui lui réclamaient le paiement d’un crédit, mais il s’est vu accuser d’avoir fait disparaître un organe sexuel par l’un de ses créanciers.
Dans la débandade, explique un cadre de base, le jeune homme a été pris à partie jusqu’à être grièvement blessé avant d’être sauvé de justesse puis amené à l’hôpital où il poursuit les soins.
Pour Jean Moreau Tabibu, animateur au groupe Jérémie, ce phénomène serait dû à la jalousie, à la haine, à la manipulation de masse et au manque de justice.
Il estime qu’à force d’être témoin des affres de la guerre, la population serait en train de chercher un moyen de distraction pour oublier la période qu’elle traverse, mais prévient que cette attitude brise la cohésion sociale, divise les familles et détériore les relations entre les individus, d’où l’appel à plus de responsabilité et de retenue.
De son côté, le président faisant fonction du bureau de coordination de la société civile du Sud-Kivu, Sammy Jean Takimbula, fustige ce genre d’agissements. Il rappelle que jusque-là, aucun scientifique n’a prouvé qu’il est possible de retirer l’organe génital de quelqu’un. Il appelle la population à faire preuve de retenue.
Il appelle également la population de Bukavu au calme et à toujours associer les autorités compétentes afin de mettre la main sur les personnes qui propagent ces fausses informations.
Par Agathe Mudekereza