Privés depuis janvier 2024 des aéroports de Kavumu et Goma, les habitants des zones sous administration de l’AFC/M23 sont davantage isolés du reste du monde avec la mesure interdisant leur entrée sur le sol burundais.
Le Burundi constituait déjà la voie de passage par excellence pour les habitants du Sud-Kivu en provenance de Kinshasa, mais avec cette mesure, le périple se rallonge davantage.
Une nouvelle restriction d’entrée au Burundi
Tombée jeudi dernier, cette mesure précise que toute personne originaire des zones occupées par l’AFC/M23 ou ayant transité par ces territoires ne peut être autorisée à entrer sur le territoire burundais, y compris les fonctionnaires des Nations unies.
Déjà le même jeudi, à l’aéroport Melchior Ndadaye de Bujumbura, plusieurs voyageurs originaires de Bukavu et en provenance de Kinshasa ont été interdits d’accéder au sol burundais.
Des voyageurs refoulés vers Kinshasa
Constatant l’existence, dans leurs passeports, des visas de la Direction générale de migration (DGM) de Bukavu, leur octroyés à la sortie de la ville le jour de leur départ pour Kinshasa, les services burundais les ont obligés à faire marche arrière.
Désemparés, ces passagers ont été réembarqués, bon gré mal gré, avec un appareil de la compagnie Ethiopian Airlines pour retourner à Kinshasa en passant par Addis-Abeba, en Éthiopie.
Avec cette mesure, il n’est plus possible de passer par les aéroports des pays de la région des Grands Lacs pour retourner à Bukavu et dans les autres zones sous administration de l’AFC/M23 en provenance de Kinshasa.
Seuls les Congolais avec des titres de voyage sans cachet de l’AFC/M23 peuvent désormais passer par le Burundi.
Kigali et l’Ouganda également concernés
La ligne de Kigali jusqu’à Kinshasa reste opérationnelle, mais l’inverse n’est plus possible parce que le pays de Kagame craint l’importation du virus Ebola sur son sol en provenance de l’ouest de la RDC.
Comme alternative, un retour à Kigali est conditionné par une quarantaine de 21 jours, le temps nécessaire requis pour l’incubation du virus Ebola dans le corps humain.
La même chose est valable pour l’Ouganda.
Un isolement accru pour les habitants de Bukavu
Du coup, les habitants de Bukavu sont isolés davantage de la capitale Kinshasa et même du reste du monde, car ils sont jugés comme provenant d’une zone rebelle.
Ils peuvent quitter Bukavu pour aller dans d’autres destinations en passant par Kigali, mais s’ils sont allés à Kinshasa, leur retour devient soit un enjeu sécuritaire, soit un enjeu sanitaire.
Un juriste évoque le droit à la libre circulation
Cette posture viole le droit à la libre circulation reconnu aux personnes par la Déclaration universelle des droits de l’homme et des peuples (DUDH), l’Union africaine à travers son protocole sur la libre circulation, ainsi que la Constitution de la RDC à son article 30, alerte un juriste contacté par Radio Maendeleo.
Une mesure qualifiée de discrimination
De son côté, Monique Cirhimwami, coordonnatrice de la Dynamique des Femmes Engagées pour le Développement, estime que cette posture adoptée par les pays de la région des Grands Lacs, et surtout le Burundi, s’apparente à une punition infligée contre toute personne qui vit actuellement à Bukavu ou à Goma.
Elle estime qu’il s’agit d’une discrimination et, bien plus, d’une injustice qui nécessite une réparation.
Elle invite les Nations unies et surtout la communauté internationale à peser de son poids pour mettre fin à ce conflit qui se répercute sur les populations civiles qui, pourtant, selon elle, ne sont ni actrices ni réalisatrices du scénario politique du moment.
Par Expedit Kyalu