Pendant des décennies, l’or artisanal de la République démocratique du Congo a largement échappé aux circuits officiels, privant l’État de recettes importantes et alimentant des réseaux de contrebande transfrontaliers. Trois ans après sa création, DRC Gold Trading SA affirme avoir amorcé un changement majeur dans la gouvernance de cette ressource stratégique.
C’est ce qui ressort d’un grand reportage publié par le magazine Geopolis Hebdo dans son édition du 12 au 14 juin 2026, à l’issue d’un entretien approfondi avec le Directeur général de DRC Gold Trading SA, Maître Joseph Maombi Kazibaziba.
Un paradoxe longtemps décrié
Malgré son immense potentiel aurifère, la RDC n’exportait officiellement qu’environ 25 kilogrammes d’or artisanal par an avant la création de DRC Gold Trading SA. Dans le même temps, près de 50 tonnes d’or quittaient chaque année le pays par des circuits frauduleux, selon les données relayées dans le reportage.
Cette situation faisait perdre au pays une part importante des revenus générés par l’exploitation de ses propres ressources naturelles.
Créée pour encadrer l’achat, la commercialisation et l’exportation de l’or artisanal, DRC Gold Trading SA s’est vu confier la mission de formaliser la filière et de réintégrer dans l’économie nationale une richesse longtemps captée par des réseaux parallèles.
Plus de 11 tonnes d’or captées en trois ans
Selon les chiffres communiqués par la direction de l’entreprise, plus de 11 tonnes d’or artisanal ont été intégrées dans les circuits officiels depuis le lancement des activités de DRC Gold Trading SA.
Cette production représente plus de 1,5 milliard de dollars américains injectés dans l’économie formelle du pays.
Pour les responsables de l’entreprise, ces résultats démontrent qu’il est possible de concurrencer progressivement les réseaux informels qui dominaient historiquement le commerce de l’or artisanal en RDC.
Une question de souveraineté économique
Au-delà des performances commerciales, DRC Gold Trading présente son action comme une démarche de souveraineté économique.
Pendant plusieurs décennies, une grande partie de l’or extrait sur le territoire congolais était exportée sous d’autres origines après son passage dans des pays voisins. Cette situation privait non seulement la RDC de recettes fiscales, mais réduisait également son influence dans le commerce international des minerais.
L’ambition affichée consiste désormais à offrir aux exploitants artisanaux, négociants et coopératives minières un circuit officiel crédible, transparent et compétitif.
Traçabilité, transparence et crédibilité
La stratégie de l’entreprise repose principalement sur trois axes : la crédibilité auprès des acteurs du secteur, la traçabilité des minerais et la transparence des opérations commerciales.
Dans un contexte où les marchés internationaux exigent de plus en plus de garanties sur l’origine des minerais, la capacité à certifier la provenance légale de l’or devient un avantage stratégique pour le pays.
Une filière en cours de structuration
Depuis trois ans, plusieurs initiatives ont été mises en œuvre pour renforcer l’organisation du secteur artisanal.
Parmi elles figurent notamment la bancarisation des opérations financières, l’encadrement des coopératives minières, le déploiement de comptoirs d’achat, l’ouverture de représentations provinciales et le renforcement des mécanismes de conformité.
L’entreprise indique disposer aujourd’hui de douze succursales réparties dans neuf provinces de la RDC. Une présence territoriale jugée indispensable pour lutter efficacement contre la fraude au plus près des zones de production.
Un partenaire stratégique de la Banque centrale
Cette évolution a également permis à DRC Gold Trading SA d’être retenue par la Banque centrale du Congo pour l’approvisionnement en or destiné aux réserves nationales.
Pour les dirigeants de l’entreprise, cette collaboration traduit la confiance accordée à ses mécanismes de traçabilité et de gestion, dans un contexte où l’or occupe une place croissante dans les politiques monétaires internationales.
Le pari de 2030
Le plan stratégique 2025-2030 de DRC Gold Trading SA affiche des ambitions importantes.
L’entreprise projette notamment la construction d’une raffinerie nationale dans la Zone économique spéciale de Maluku. Cette infrastructure devrait répondre aux standards de la London Bullion Market Association (LBMA), référence mondiale dans le secteur aurifère.
L’objectif est de permettre à la RDC de ne plus se limiter à l’exportation d’or brut, mais de développer localement davantage de valeur ajoutée.
À l’horizon 2030, DRC Gold Trading vise la captation de 50 tonnes d’or artisanal par an et entend contribuer à faire de Kinshasa un centre régional majeur du négoce aurifère en Afrique.
Un enjeu stratégique pour l’avenir du pays
Selon l’analyse développée dans le reportage de Geopolis Hebdo, la formalisation de l’or artisanal dépasse aujourd’hui les seules questions minières. Elle touche à la gouvernance publique, à la création de richesse locale, à la sécurité régionale et à la souveraineté économique du pays.
Alors que la RDC cherche à mieux valoriser ses ressources naturelles, l’expérience menée par DRC Gold Trading SA apparaît comme l’un des chantiers les plus significatifs de la transformation économique en cours.
Par Omeur Mudekekereza