Le Cadre de concertation des forces politiques et sociales rejette le dialogue national annoncé par le président Félix Tshisekedi.
Dans une déclaration publiée vendredi 28 août 2026 à Kinshasa et signée par Michel Mwika, coordonnateur du Cadre de concertation, et Seth Kikuni, membre du comité de surveillance, cette plateforme membre du mouvement « Sauvons la RDC » estime que cette initiative manque d’inclusivité et de neutralité. Elle appelle les forces de l’opposition à unir leurs actions pour défendre la Constitution et préparer l’alternance en 2028.
Le Cadre de concertation des forces politiques et sociales dit avoir analysé, lors de sa réunion de vendredi à son secrétariat technique de Kasa-Vubu, la situation générale du pays, notamment les crises politique, sécuritaire, sanitaire et sociale.
Au terme de cette réunion, cette plateforme rejette l’initiative annoncée le 27 août par Félix Tshisekedi et conteste sa présentation comme un véritable dialogue national.
Pour le Cadre de concertation, le processus envisagé ne réunit pas les conditions nécessaires à un dialogue crédible. Il dénonce notamment ce qu’il considère comme un manque d’inclusivité, de neutralité et de crédibilité.
Le pouvoir accusé de poursuivre un objectif constitutionnel
Dans sa déclaration, le Cadre de concertation accuse le président Félix Tshisekedi de vouloir utiliser ce processus comme un instrument politique susceptible de conduire à un référendum constitutionnel.
La plateforme va jusqu’à évoquer un « coup d’État constitutionnel » et affirme que l’objectif ultime serait, selon elle, de permettre au chef de l’État de s’éterniser au pouvoir.
Le Cadre dénonce ainsi ce qu’il présente comme une volonté de remettre en cause l’alternance politique et appelle à la défense de la Constitution.
Ces accusations relèvent de la position exprimée par le Cadre de concertation dans sa déclaration et ne constituent pas, en elles-mêmes, une preuve de l’existence d’un tel projet.
Les efforts de paix également évoqués
Le Cadre de concertation estime par ailleurs que la démarche présidentielle risque de compromettre les efforts engagés pour parvenir à la paix et à la réconciliation en République démocratique du Congo.
La plateforme cite notamment les initiatives portées par l’Église catholique et l’Église du Christ au Congo.
Elle reproche au pouvoir de ne pas suffisamment tenir compte, selon elle, des différentes composantes impliquées dans la crise congolaise et considère que la recherche de la paix devrait rester au centre des initiatives politiques nationales.
L’insécurité à Kinshasa parmi les préoccupations
La déclaration ne se limite pas à la question du dialogue.
Le Cadre de concertation exprime également sa préoccupation face à ce qu’il qualifie de recrudescence de l’insécurité urbaine à Kinshasa.
Il évoque notamment la multiplication des actes de banditisme, des vols à main armée et des violences visant les citoyens. Pour cette structure, cette situation traduit l’incapacité des autorités à garantir efficacement la sécurité des personnes et de leurs biens.
Ebola en Ituri : appel à renforcer la riposte
Sur le plan sanitaire, la plateforme s’alarme également de la situation liée à l’épidémie d’Ebola en Ituri.
Elle affirme que l’épidémie a déjà causé plus de 2 744 décès et appelle à une mobilisation urgente des partenaires nationaux et internationaux afin de renforcer la riposte.
Le Cadre de concertation salue en même temps le travail des équipes engagées sur le terrain et exprime sa solidarité envers les populations touchées par l’épidémie.
Goma et Bukavu : le Cadre conteste la suspension des activités universitaires
La suspension des activités d’enseignement supérieur et universitaire dans les villes de Goma et Bukavu fait également partie des décisions dénoncées par la plateforme.
Le Cadre de concertation qualifie cette mesure de « disproportionnée » et « discriminatoire ». Il estime qu’elle prive des milliers d’étudiants de leur droit à l’éducation et soutient que cette décision serait contraire aux garanties constitutionnelles.
Cette position intervient alors que les activités académiques sont suspendues dans les deux villes à la suite d’une décision du gouvernement.
Le SYECO et la rentrée scolaire inquiètent aussi la plateforme
À quelques jours de la rentrée scolaire 2026-2027, le Cadre de concertation s’inquiète également de la situation entre le gouvernement et le Syndicat des enseignants du Congo, SYECO.
Il reproche aux autorités de ne pas avoir apporté, selon lui, une réponse suffisante aux revendications des enseignants et craint une perturbation de la rentrée scolaire.
La plateforme estime qu’une telle situation pourrait affecter des millions d’élèves à travers le pays.
Appel à une convergence de l’opposition
Face à ce qu’il considère comme une accumulation d’échecs dans la gestion du pays, le Cadre de concertation appelle finalement les forces de l’opposition à dépasser leurs divergences.
Il préconise une « convergence d’actions ferme et responsable » pour défendre la Constitution et faire obstacle, selon lui, à toute tentative de confiscation du pouvoir.
La plateforme fixe également comme objectif l’alternance au sommet de l’État en 2028.
Cette prise de position intervient alors que l’annonce du dialogue national par Félix Tshisekedi suscite des réactions contrastées au sein de la classe politique congolaise. Le débat porte notamment sur l’inclusivité du processus, les acteurs appelés à y participer et ses objectifs. D’autres acteurs de l’opposition ont également exprimé des réserves sur les conditions d’une éventuelle participation.
Pour le Cadre de concertation, la priorité reste donc la défense de la Constitution et la mobilisation des forces de l’opposition autour de l’objectif d’une alternance en 2028.
Par Omeur Mudekereza