La Nation est en crise existentielle, en danger de balkanisation et la souffrance des citoyens congolais privés de tout a franchi le seuil de ce qui est humainement tolérable. Ceci étant, il n’y a donc rien à célébrer.
C’est ce que déclare le prix Nobel de la paix 2018le docteur Denis Mukwege dans une lettre ouverte adressée au président de la RDC Felix Tshisekedi à l’occasion de la commémoration du 66ème anniversaire de l’indépendance de la RDC.
Il y dresse un réquisitoire contre la gouvernance de la RDC depuis 2019 en dénonçant la crise dans l’Est de la RDC et les failles dans la gouvernance du pays.
Dans sa lettre, Mukwege dénonce le maintien à durée indéterminée de l’état de siège depuis avril 2021 au Nord-Kivu et en Ituri qui paradoxalement a contribué à la détérioration de la situation sécuritaire, à une augmentation du nombre des victimes civiles et à une détérioration alarmante de la situation des droits humains.
A la suite de cet échec, Mukwege rappelle au président Tshisekedi qu’il s’est lancé dans une diplomatie régionale ayant abouti à des accords bilatéraux autorisant respectivement l’armée ougandaise et burundaise à opérer sur le territoire national.
Selon le prix Nobel de la paix, cette internationalisation de la sécurité nationale par les acteurs de la déstabilisation du pays a largement contribué à l’internationalisation du conflit dans la sous-région avec la résurgence du M23 et la énième guerre de l’armée rwandaise.
Par la suite, ajoute Mukwege, des initiatives de résolution des conflits sans aucune coordination ni vision ont été amorcées à tort créant davantage de confusion que de pacification.
Il s’agit par exemple des initiatives dans le cadre de l’EAC, de la SADC, de l’Union Africaine, de Luanda en Angola, de Doha, de Washington et consorts, affirme le prix Nobel de la paix.
Dénis Mukwege rappelle dans sa lettre qu’il est revenu plusieurs fois sur la nécessité de redynamiser l’accord cadre d’Addis Abeba pour la paix, la coopération et la sécurité dans la région des grands lacs que le président Kabila avait mis à la poubelle.
« Votre présidence ressemble de plus en plus à un bateau ivre qui tangue dans une mer agitée et risque de couler à tout moment », écrit ce gynécologue de l’hôpital de Panzi.
S’adressant toujours au président, il sollicite que celui-ci ne touche à la constitution et à ne pas compromettre davantage l’unité et la cohésion nationales en initiant un referendum dans un contexte où plus de 10 millions de citoyens ne pourraient pas exercer leurs droits politiques.
La priorité doit être la restauration de la paix et la souveraineté du pays, la protection des civils et l’amélioration des conditions de vie ainsi que la consolidation de l’Etat de Droit, conclu Denis Mukwege.