Les habitants de la RDC en général et ceux du Sud-Kivu en particulier ne doivent pas attendre qu’une nouvelle victime d’accusations de sorcellerie tombe pour agir, mais ils doivent plutôt dénoncer ces pratiques, protéger les personnes menacées et alerter les autorités compétentes.
Message lancé par Mema Mapenzi Thérèse, activiste engagée dans la défense des droits des femmes, à l’occasion de la Journée mondiale contre les violences liées aux accusations de sorcellerie.
Les accusations de sorcellerie restent, selon elle, une question actuelle de droits humains. Mema Mapenzi Thérèse rappelle que « la question des accusations de sorcellerie n’est pas un phénomène du passé » et qu’elle « constitue encore aujourd’hui une grave question de droits humains dans plusieurs régions du monde ».
La République démocratique du Congo figure parmi les pays concernés par ce phénomène. Selon l’activiste, des personnes y sont exposées à la stigmatisation et aux violences à la suite d’accusations de sorcellerie.
Des femmes et des enfants particulièrement exposés
Dans de nombreux contextes, les personnes accusées sont notamment des femmes veuves, des femmes seules ou socialement vulnérables, ainsi que des jeunes filles et des enfants.
Mais Mema Mapenzi Thérèse prévient que la vulnérabilité ne se limite pas à ces catégories.
« Même une femme considérée comme forte ou influente peut être ciblée lorsqu’elle dérange, lorsqu’elle dénonce une injustice ou lorsqu’elle refuse de se soumettre à une pratique », explique-t-elle.
Dans ce contexte, l’accusation peut devenir un instrument de pression. « L’accusation de sorcellerie peut alors devenir un moyen de l’intimider, de la réduire au silence, de l’exclure de sa communauté ou de lui retirer sa dignité et ses droits », poursuit-elle.
Face à cette réalité, l’activiste invite la société à se poser une question simple :
« Et si c’était ma mère ? Et si c’était ma sœur ? Et si c’était mon enfant ? »
Pour elle, cette interrogation doit permettre de replacer la dignité humaine au centre de la réponse communautaire.
Des conséquences qui peuvent aller jusqu’aux violences graves
Les conséquences des accusations peuvent être particulièrement lourdes. Mema Mapenzi Thérèse évoque notamment « les déplacements forcés, l’exclusion sociale, les violences physiques, la justice populaire, les lynchages et, dans certains cas, des meurtres ».
Elle déplore également que ces violences puissent parfois survenir dans un contexte de silence ou d’inaction des responsables locaux.
Pour elle, les autorités, les leaders communautaires, les responsables religieux et la société civile doivent au contraire être « les premiers à protéger les personnes menacées ».
Son principe est sans ambiguïté :
« Une accusation ne doit jamais devenir une condamnation. Personne ne doit être puni ou violenté sur la base d’une accusation de sorcellerie. »
Intervenir avant que la situation ne dégénère
Pour prévenir ces violences, Mema Mapenzi Thérèse appelle à agir sur plusieurs fronts, notamment à travers la sensibilisation communautaire.
Elle estime que les communautés doivent comprendre « qu’une maladie, un décès, un échec ou un problème familial ne constitue pas une preuve de sorcellerie ».
Elle plaide ainsi pour « une culture du dialogue, de la recherche de solutions et du respect des droits humains ».
La protection doit également intervenir dès les premières menaces.
« Lorsqu’une personne commence à être accusée ou menacée, il faut intervenir immédiatement. Il ne faut pas attendre que la situation dégénère », insiste-t-elle.
Elle préconise la mise en place de mécanismes permettant aux autorités locales, à la police, aux organisations de défense des droits humains, aux services sociaux et aux leaders communautaires de recevoir les alertes et de protéger rapidement les victimes.
Un appel particulier aux acteurs du Sud-Kivu

Mema Mapenzi Thérèse appelle également les organisations de la société civile de la RDC, « et particulièrement celles du Sud-Kivu », à intégrer davantage cette problématique dans leurs programmes de protection des femmes et des enfants.
« Nous devons travailler ensemble pour prévenir les accusations, protéger les victimes, poursuivre les auteurs de violences et surtout changer les mentalités », plaide-t-elle.
Elle insiste également sur l’accompagnement des victimes. Pour elle, « il ne suffit pas de sauver une personne d’une violence immédiate ».
La victime doit également pouvoir bénéficier « d’un accompagnement juridique, psychosocial et, lorsque cela est nécessaire, d’une protection temporaire et d’un soutien pour sa réintégration dans la communauté ».
Lutter contre l’impunité et documenter les cas
La lutte contre ces violences passe aussi par la justice, estime l’activiste. « Les auteurs de violences doivent répondre de leurs actes devant la justice », affirme-t-elle, estimant que réduire la justice populaire signifie également faire comprendre aux communautés « que personne n’a le droit de se faire justice lui-même ».
Elle appelle par ailleurs à documenter les cas, car « il est difficile de combattre un phénomène qui reste invisible ».
Des données fiables sont nécessaires, selon elle, sur « les personnes accusées, les causes des accusations, les formes de violences subies, les déplacements forcés et les réponses apportées par les autorités ».
« Agissons maintenant »
À l’occasion de cette journée, Mema Mapenzi Thérèse encourage enfin les femmes victimes ou menacées à ne pas rester seules.
« J’encourage toutes les femmes qui commencent à faire l’objet d’accusations ou de menaces à ne pas rester seules et à chercher immédiatement de l’aide auprès des organisations de défense des droits des femmes, des organisations de défense des droits humains et des autorités compétentes », lance-t-elle.
Elle adresse également un appel à la société civile afin qu’elle contribue à prévenir les accusations, protéger les victimes et faire évoluer les mentalités.
Pour elle, « la lutte contre les accusations de sorcellerie est une lutte pour la dignité humaine, la justice, la protection ».
Elle indique enfin que personne ne devrait attendre qu’une nouvelle victime tombe pour agir. « Nous devons plus attendre qu’une nouvelle victime tombe pour agir. Agissons maintenant. Parce que derrière chaque accusation, il y a une personne, une vie, une famille et une dignité qui méritent d’être protégées » conclut-elle.
Par la Rédaction