Face à la répétition des incendies à Bukavu, une meilleure planification urbaine est présentée comme l’une des pistes pour réduire les risques et faciliter l’intervention des secours. Ouverture de voies d’accès dans les quartiers densément peuplés, préservation d’espaces libres entre les constructions, contrôle des installations électriques et solaires et respect des normes de construction figurent parmi les principales recommandations formulées dans une note stratégique consacrée à la prévention des risques et à la résilience urbaine.
Élaborée par Babonage Balezi Désiré, cadre du service de l’Habitat au Sud-Kivu, cette note propose également d’anticiper l’extension de Bukavu vers des zones périphériques telles que Mudaka, Miti, Kavumu, Cirunga, Mugogo, Nyangezi et Kamanyola.
L’objectif est de réduire progressivement la vulnérabilité de la ville face aux risques urbains, alors que plusieurs quartiers sont caractérisés par une forte concentration des habitations et des difficultés d’accès pour les services d’intervention.
Une ville confrontée à une forte densité des habitations
Selon l’analyse présentée dans cette note, la configuration actuelle de certains quartiers de Bukavu peut favoriser la propagation rapide des incendies.
La forte densité des constructions, l’urbanisation spontanée, l’insuffisance des voies d’accès et l’occupation parfois désordonnée des espaces compliquent notamment l’intervention des secours lorsqu’un incendie se déclare.
Dans plusieurs zones densément peuplées, l’étroitesse des passages peut rendre difficile l’accès des véhicules de secours jusqu’aux habitations touchées.
À cela s’ajoutent les risques liés aux installations électriques et solaires, ainsi qu’à certaines pratiques domestiques, notamment dans les foyers de cuisson.
Pour Babonage Balezi Désiré, ces différents facteurs doivent être pris en compte dans une stratégie globale de prévention plutôt que d’attendre uniquement l’intervention après le déclenchement des incendies.
40 % des parcelles réservés aux espaces libres
Parmi les mesures proposées figure une meilleure organisation des parcelles.
La note recommande de réserver 40 % de chaque parcelle aux espaces libres ou perméables, tandis que les 60 % restants seraient consacrés aux constructions.
Cette disposition vise notamment à éviter une occupation totale des parcelles et à maintenir des espaces pouvant faciliter la circulation, l’aération et l’intervention en cas de sinistre.
L’auteur préconise également la création de voies secondaires d’une largeur d’au moins 3 à 4 mètres dans les quartiers, afin de permettre aux services de secours d’accéder plus facilement aux zones touchées.
Cette question de l’accessibilité est considérée comme particulièrement importante dans les quartiers où les habitations sont rapprochées les unes des autres.
Mieux contrôler les constructions et les installations
La prévention passe également, selon cette note, par un meilleur respect des normes de construction.
La construction de nouveaux immeubles devrait notamment tenir compte des exigences de sécurité et de l’environnement immédiat des bâtiments.
Le contrôle des installations électriques et solaires est également présenté comme un élément important de la prévention, compte tenu des risques pouvant être liés à des installations mal réalisées ou insuffisamment entretenues.
L’approche proposée consiste ainsi à intégrer la prévention des incendies dès la conception des habitations et des quartiers, plutôt que de limiter la réponse aux opérations d’extinction et de secours.
Des brigades locales pour les premières interventions
La note insiste également sur le rôle que peuvent jouer les communautés dans la prévention et la réponse aux incendies.
Elle propose la mise en place de brigades locales capables d’intervenir rapidement dès les premières minutes d’un sinistre, en attendant l’arrivée des services spécialisés.
Ces structures pourraient également participer à la sensibilisation des habitants sur les comportements à adopter face aux risques d’incendie.
Une attention particulière est accordée aux foyers de cuisson, qui nécessitent, selon l’auteur, davantage de sensibilisation sur les mesures de sécurité et les précautions à prendre.
L’idée est de renforcer les capacités des habitants à réagir rapidement, tout en améliorant leur connaissance des gestes permettant de limiter la propagation du feu.
Anticiper l’extension de Bukavu
Au-delà de la gestion des quartiers existants, la note propose de réfléchir dès maintenant à l’extension future de la ville.
Mudaka, Miti, Kavumu, Cirunga, Mugogo, Nyangezi et Kamanyola sont notamment citées parmi les zones vers lesquelles l’urbanisation pourrait être davantage planifiée.
Cette anticipation devrait permettre, selon la proposition, d’éviter de reproduire dans les nouvelles zones urbaines les difficultés observées dans certains quartiers actuels de Bukavu.
La création préalable de voies d’accès, la réservation d’espaces libres, l’organisation des parcelles et l’application des normes de construction pourraient ainsi être intégrées dans les futurs plans d’aménagement.
La prévention plutôt que la réaction
Pour Babonage Balezi Désiré, la répétition des incendies à Bukavu appelle une réponse qui dépasse les seules opérations de secours.
La prévention reposerait sur plusieurs niveaux : une meilleure planification urbaine, le respect des normes de construction, le contrôle des installations à risque, l’accessibilité des quartiers et la sensibilisation des communautés.
La note appelle ainsi à une implication coordonnée des autorités, des communautés et des partenaires dans la gestion des risques urbains.
Dans cette approche, les incendies ne sont pas seulement considérés comme des sinistres nécessitant une intervention d’urgence, mais également comme un problème qui peut être pris en compte dans la manière dont la ville est construite, organisée et appelée à se développer.
Par Myriam Mufano