Les feux de brousse gagnent du terrain dans et autour du Parc national de Kahuzi-Biega (PNKB), détruisant déjà plusieurs hectares de végétation et accentuant la dégradation des habitats naturels. Cette situation fragilise davantage la biodiversité du parc et menace les ressources dont dépendent certaines communautés. L’alerte est lancée par le professeur Isaac Ahana Mungu Makelele, spécialiste en écologie forestière, dans un entretien accordé à Radio Maendeleo vendredi 25 septembre 2026.
Des conséquences sur la faune et la végétation
Pour cet écologue, les feux de brousse ont des conséquences directes sur la biodiversité. Ils entraînent notamment la destruction de la végétation, la perturbation des habitats de la faune et la réduction des ressources alimentaires disponibles pour certaines espèces.
« Le feu de brousse détruit la végétation et perturbe les habitats de la faune. Il réduit également les ressources alimentaires disponibles pour certaines espèces, ce qui fragilise davantage la biodiversité », explique Isaac Ahana Mungu Makelele.
À ces impacts s’ajoutent les effets sur les sols. La combustion de la végétation peut modifier certaines de leurs propriétés, réduire leur fertilité dans certaines conditions et favoriser leur érosion, particulièrement lorsque les sols restent exposés après la disparition du couvert végétal.
Le feu ne garantit pas de meilleurs rendements
Concernant l’utilisation des feux de brousse dans certaines pratiques agricoles, le spécialiste appelle les agriculteurs à privilégier des méthodes permettant de préserver durablement la fertilité des sols.
S’agissant de l’augmentation du potentiel hydrogène (pH) du sol attribuée à la cendre issue de la combustion, il nuance cette affirmation en rappelant que les effets du feu sur les sols dépendent notamment de leur intensité, de leur durée et des caractéristiques du milieu.
Le feu peut certes modifier temporairement certaines propriétés chimiques du sol, mais son utilisation répétée peut également perturber les conditions nécessaires à la régénération naturelle de la végétation et contribuer à la dégradation des terres.
« Il est préférable d’adopter des pratiques agricoles qui permettent de maintenir la fertilité du sol plutôt que de recourir aux feux de brousse. La rotation des cultures, l’utilisation de la fumure organique et la protection des sols contre l’érosion font partie des alternatives à privilégier », recommande-t-il.
Protéger le PNKB, un enjeu pour les communautés
Isaac Ahana Mungu Makelele appelle par ailleurs l’ensemble des acteurs à s’impliquer davantage dans la protection de la biodiversité du PNKB.
Au-delà de la conservation des espèces et des habitats, il rappelle que le parc joue un rôle dans la régulation du climat, la protection des ressources en eau et le maintien de certains moyens de subsistance des communautés riveraines.
« La protection de la biodiversité du PNKB est une responsabilité collective. Le parc contribue à la régulation du climat, à la protection des ressources en eau et aux moyens de subsistance des communautés », insiste-t-il.
Un phénomène qui dépasse le PNKB
Les feux de brousse ne se limitent toutefois pas à l’intérieur et aux alentours du Parc national de Kahuzi-Biega. Le phénomène est également signalé dans plusieurs autres zones de la province du Sud-Kivu.
En territoire d’Idjwi, notamment dans le groupement de Nyakelengwa, la société civile affirme que plus de 10 hectares de champs ont été ravagés par les feux de brousse depuis le mois d’avril.
Cette situation illustre l’ampleur d’un phénomène qui constitue à la fois une menace pour les écosystèmes naturels et un risque pour les terres agricoles. Face à cette pression, les acteurs de la conservation encouragent le recours à des pratiques agricoles plus durables et à une implication accrue des communautés dans la protection des ressources naturelles.
Par Myriam Mufano