Les chercheurs du domaine scientifique rencontrent de nombreux obstacles pour accéder aux données depuis le début de la crise sécuritaire qui oppose l’AFC/M23 au gouvernement de la République démocratique du Congo.
Leur mobilité est fortement affectée par le coût élevé des trajets, les contraintes conjoncturelles sur le terrain ainsi que la méfiance de certains interlocuteurs, qui considèrent désormais les chercheurs comme des suspects ou des espions.
C’est ce que fait savoir Augustin Mudekereza Kasenge, chercheur à l’Angaza Institute, un centre de recherche et d’analyse des conflits et de la gouvernance.
Dans une tribune rendue publique, ce chercheur indique que dans certaines zones comme Kamituga, les chercheurs, à l’instar d’autres citoyens, paient environ 100 dollars américains pour un aller-retour en moto.
À ce montant s’ajoutent près de 93 dollars américains exigés aux différentes barrières, tenues soit par des éléments de sécurité, soit par des civils se présentant comme volontaires pour l’entretien des routes, ajoute-t-il.
Avant d’entreprendre un déplacement, le chercheur est également tenu d’obtenir une feuille de route auprès de la division provinciale de l’Intérieur, aujourd’hui repliée à Uvira, à plus de 130 kilomètres de Bukavu, avec des trajets souvent complexes passant par le Rwanda, la Tanzanie ou le Burundi, ce qui alourdit encore les coûts.
Pour le seul trajet aller-retour Bukavu–Uvira, les frais administratifs et logistiques atteignent environ 235 dollars américains, contre environ 10 dollars auparavant pour les détenteurs de documents de la CEPGL.
Dans ce contexte, Augustin Mudekereza souligne que le chercheur, porteur d’un carnet de terrain, est constamment soumis à des contrôles à chaque barrière, avec la question récurrente : « pour qui mène-t-il la recherche ? ».
Cette situation, selon lui, impose de repenser les analyses classiques de la mobilité des chercheurs et plaide pour la mise en place d’un couloir scientifique, à l’image de celui accordé aux acteurs humanitaires.
Il estime que sans accès aux données de terrain, l’enseignement supérieur sera fragilisé et les politiques publiques manqueront de bases réalistes et fiables.
Enfin, il souligne que le contexte sécuritaire actuel empêche également les chercheurs étrangers, notamment européens, de mettre en œuvre leurs projets de recherche au Sud-Kivu et au Nord-Kivu, d’où son appel à un retour durable de la paix.
Par Expedit Kyalu