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LWIRO : ENTRE MÉMOIRE, HÉRITAGE ET ESPÉRANCE D’UN RENOUVEAU COMMUNAUTAIRE

Last updated: 2026/09/04 at 12:24 PM
Rédaction
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Comment préserver l’âme de Lwiro et transmettre aux générations futures les valeurs qui ont fait sa grandeur ?

Par Abel BONANE

Consultant en Finances inclusives, Maître formateur en Initiatives Personnelles et en Gouvernance d’entreprise

Lwiro, bien plus qu’un village : une école de vie

Pour des milliers de filles et fils de Lwiro dispersés aujourd’hui à travers la République Démocratique du Congo et le monde, le simple fait d’entendre prononcer le nom de « Lwiro » suffit souvent à raviver une multitude de souvenirs.

Lwiro n’est pas seulement un lieu de naissance, un village ou une cité scientifique. Lwiro est une mémoire. Une identité. Une histoire commune. Un héritage collectif qui a façonné des générations entières et laissé une empreinte indélébile dans le cœur de ceux qui y ont grandi.

À une époque où la solidarité ne faisait l’objet d’aucun discours parce qu’elle se vivait naturellement, où le respect des aînés allait de soi et où la communauté tout entière participait à l’éducation des enfants, Lwiro représentait un véritable modèle de coexistence harmonieuse.

Chaque enfant grandissait sous le regard bienveillant non seulement de sa famille, mais également de ses voisins, de ses enseignants, de ses encadreurs sportifs, de ses responsables religieux et de toute la communauté. Le respect, la discipline, l’entraide, le travail bien fait et le sens des responsabilités se transmettaient comme un patrimoine précieux, génération après génération.

Une jeunesse façonnée par le sport, la culture, la science et la foi

Les générations qui ont grandi à Lwiro gardent encore en mémoire ces moments simples mais fondateurs qui ont contribué à leur formation humaine.

Les terrains de football étaient de véritables écoles de discipline, d’esprit d’équipe et de dépassement de soi. Les compétitions de basketball et de volleyball développaient la camaraderie, le leadership et le goût de l’effort.

Les célèbres bassins de natation de Lwiro demeurent également gravés dans les souvenirs de nombreux anciens. Ils étaient des lieux de détente, d’apprentissage du courage et de construction d’amitiés qui, pour certaines, ont traversé les décennies.

Les arts martiaux formaient les jeunes à la maîtrise de soi, à la persévérance et au respect des autres. Les jeux de saut, les culbutes et les nombreuses activités récréatives animaient les quartiers et développaient chez les enfants la créativité, l’agilité et la confiance en eux.

Mais Lwiro brillait aussi par son extraordinaire vitalité culturelle.

La salle des conférences du CRSN-Lwiro : un temple de la culture et des talents

Parmi les lieux les plus emblématiques de cette époque figure sans conteste la salle des conférences du Centre de Recherche en Sciences Naturelles de Lwiro (CRSN-Lwiro).

Pour beaucoup d’anciens, cette salle demeure un symbole vivant de l’âge d’or culturel de notre communauté.

C’est là que se jouaient les pièces de théâtre qui faisaient rire, réfléchir et grandir. C’est là que résonnaient les chants, les concerts musicaux, les scénettes éducatives, les spectacles de variétés et les démonstrations artistiques qui rassemblaient toute la population.

* Combien de jeunes y ont récité leurs premiers poèmes ?
* Combien y ont découvert leurs talents de comédiens, de chanteurs, d’orateurs ou d’artistes
* Combien y ont appris à prendre la parole devant un public et à croire en leurs capacités ?

Cette salle était bien plus qu’un lieu de spectacle. Elle était une véritable école de confiance en soi, d’expression culturelle et de citoyenneté.

Les voix qui ont bercé notre mémoire

La vie culturelle et spirituelle de Lwiro s’est également construite autour de chorales qui ont profondément marqué leur époque.

La Chorale UMOJA, dirigée avec passion par Jean-Claude Kazingufu, a longtemps incarné l’unité, l’espérance et la fraternité à travers ses chants qui accompagnaient les grandes célébrations de la communauté.

La Chorale Saint-Georges, sous la direction du Professeur Monfort Bagalwa, a également laissé une empreinte remarquable dans la mémoire collective. Son sérieux, la qualité de ses prestations et son rôle dans l’encadrement de la jeunesse demeurent encore aujourd’hui une source d’inspiration.

À travers ces chorales, de nombreux jeunes ont appris la discipline, le sens de l’engagement, le travail collectif et l’amour du beau.

Le temps inoubliable des « BOUM »

S’il existe un souvenir qui fait encore sourire les anciens lorsqu’ils se retrouvent, c’est certainement celui des célèbres « BOUM » organisées pendant les vacances scolaires.

Ces événements demeurent parmi les plus beaux symboles de la convivialité qui caractérisait alors la jeunesse de Lwiro.

Organiser une « BOUM » demandait de l’énergie, des moyens, de la créativité et surtout une organisation irréprochable. Rien n’était improvisé.

Ces rencontres rassemblaient les jeunes de Kavumu, Katana, Kahungu, Ciranga, Cegera, Kabamba ainsi que ceux de Lwiro et de ses environs : Kayanja, Kankule, Bishibiru et bien d’autres localités encore.

Le temps d’une soirée, les distances s’effaçaient. Les amitiés naissaient. Les talents s’exprimaient. Les rêves se partageaient.

Les « BOUM » étaient de véritables écoles de savoir-vivre, de courtoisie, de respect mutuel et de fraternité. Elles contribuaient à tisser des liens qui demeurent encore vivants aujourd’hui dans la mémoire de toute une génération.

Les initiatives qui ont marqué une époque

Les souvenirs de Lwiro ne seraient pas complets sans évoquer le dynamique Club des Vétérans, symbole de camaraderie, de fidélité et de cohésion entre générations.

Lwiro fut également une terre d’innovation et d’expérimentation.

Parmi les initiatives qui ont marqué les esprits figure le Projet BIKA, porté avec vision par M. Olivier Musheti.
Bien avant que l’on parle largement de développement durable ou d’agriculture intégrée, ce projet avait suscité l’admiration de toute la communauté grâce à son approche innovante associant l’élevage des poissons tilapia à celui des lapins.

Pour beaucoup de jeunes, cette initiative représentait un exemple concret de créativité, d’entrepreneuriat et d’engagement au service du développement local.

Une génération de bâtisseurs qui s’efface progressivement

Aujourd’hui, une page importante de notre histoire est en train de se tourner.

Les femmes et les hommes qui ont construit le Lwiro que nous avons connu, ces gardiens de la mémoire collective et de nos traditions, disparaissent progressivement sous le poids des années.

Avec eux risquent de s’éteindre des récits, des expériences, des savoirs et des valeurs qui ont longtemps constitué le socle de notre cohésion sociale.

Cette réalité nous interpelle profondément.

Que restera-t-il de cet héritage si nous ne prenons pas la responsabilité de le préserver et de le transmettre ?

Entre crise des valeurs et nouvelles espérances

Comme de nombreuses communautés confrontées aux mutations de notre époque, Lwiro fait face à de nouveaux défis.

La précarité économique, l’insécurité persistante, le chômage des jeunes et l’affaiblissement de certains mécanismes traditionnels d’encadrement favorisent l’émergence de comportements préoccupants. Les boissons frelatées, l’oisiveté, la délinquance et diverses formes d’antivaleurs fragilisent progressivement le tissu social.

Mais réduire la jeunesse de Lwiro à cette seule réalité serait profondément injuste.

Une autre jeunesse existe.

Une jeunesse instruite, ambitieuse, créative et profondément attachée à ses racines. Une jeunesse qui rêve d’un Lwiro plus prospère, plus uni et plus dynamique. Une jeunesse qui aspire à mettre son intelligence, son énergie et son savoir-faire au service du développement de sa communauté.

C’est cette jeunesse qui porte aujourd’hui l’espérance du renouveau.

La LIGAARL : gardienne de la mémoire et semeuse d’avenir

Face à ces défis, la Ligue des Anciens, Amis et Ressortissants de Lwiro (LIGAARL) demeure l’une des plus belles expressions de l’attachement des filles et fils de Lwiro à leur terre natale.

Depuis sa création, elle entretient les liens de fraternité hérités de nos aînés et perpétue l’esprit communautaire qui a toujours caractérisé notre terroir.

Elle accompagne les familles dans les moments de deuil, partage les joies lors des événements heureux et continue à faire vivre cette culture de solidarité qui fait la singularité de notre communauté.

L’expérience de la LIGAARL a même inspiré d’autres regroupements de ressortissants de Lwiro, notamment à Kinshasa, preuve que l’esprit de Lwiro dépasse largement les frontières géographiques.

Malgré les défis liés à la situation sécuritaire du Sud-Kivu, à la dispersion de ses membres et aux contraintes économiques, la LIGAARL demeure porteuse d’une ambition noble : contribuer au développement durable de son milieu naturel.

Transformer la nostalgie en action

La nostalgie qui habite aujourd’hui les anciens de Lwiro ne doit pas être un simple regard tourné vers le passé.

Elle doit devenir une force.

Le plus bel hommage que nous puissions rendre à nos parents, à nos enseignants, à nos responsables religieux, à nos encadreurs sportifs, à nos artistes et à tous ceux qui ont contribué à faire de Lwiro ce qu’il était, consiste à poursuivre leur œuvre.

L’heure est venue de renforcer les liens entre générations, de préserver notre patrimoine culturel, d’investir dans l’éducation, de soutenir la jeunesse, d’encourager l’entrepreneuriat et de bâtir ensemble une vision commune pour l’avenir de Lwiro.

Un devoir de mémoire, un devoir d’avenir

L’histoire de Lwiro est une richesse inestimable.

Elle nous rappelle qu’une communauté demeure forte lorsqu’elle sait préserver son identité tout en préparant son avenir.

Le destin de Lwiro ne dépend pas uniquement des circonstances extérieures.

Il dépend surtout de la capacité de ses filles et fils à rester unis autour des valeurs qui ont toujours fait leur force.

* Préserver notre héritage.
* Transmettre nos valeurs.
* Investir dans notre jeunesse.
* Renforcer notre solidarité.

Telle est la mission de notre génération.

Car aimer Lwiro ne consiste pas seulement à raconter avec émotion ce qu’il fut autrefois.

Aimer Lwiro, c’est contribuer chaque jour à ce qu’il devienne demain.

Lwiro nous a beaucoup donné. À notre tour de lui redonner ce qu’il nous a transmis : notre engagement, notre solidarité et notre espérance.

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Rédaction 4 septembre 2026 4 septembre 2026
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