Ce jour du 30 Avril 2026 restera mémorable pour les défenseurs des droits humains de la République Démocratique du Congo.
En effet, c’est ce jour que vient de voir le jour une supra structure dénommée Coalition Nationale de Défenseurs des Droits de l’Homme au terme d’un atelier qui a regroupé plusieurs organisations œuvrant pour cette cause noble et vitale pour la démocratie et l’Etat de droit.
Organisé avec la facilitation de DefendDefenders et AfricanDefenders, cet atelier a été une occasion pour les organisations de défense des droits humains de passer au peigne fin la situation des défenseurs des droits humains en République Démocratique du Congo, dresser un état des lieux et présenter un rapport y relatif.
Cette coalition se veut avant tout un cadre fédérateur qui vise à renforcer la coordination entre acteurs puis un espace d’action et plaidoyer pour améliorer les mécanismes d’alerte, de protection et mutualisation des efforts et des ressources.
Pour Hassan Shire, Directeur Exécutif de DefendDefenders et Président de AfricanDefenders, la coalition poursuit trois objectifs majeurs.
C’est notamment le renforcement de la protection des membres en termes de prévention et d’action ; la mise en place d’une plateforme commune de renforcement des capacités _ essentielle pour la protection des droits humains au Congo _ et enfin lutter pour que la cause des défenseurs des droits humains (DDH) au niveau national et international soit portée par une voix commune.
« L’objectif d’AfricanDefenders est de constituer une coalition de DDH. Cette initiative s’inscrit dans une vision africaine visant à offrir une meilleure protection à ces DDH, conformément aux bonnes pratiques » a déclaré Hassan Shire.
« À ce jour, 22 coalitions nationales ont déjà été mises en place à travers le continent africain. Celle qui est lancée aujourd’hui est la 23ᵉ coalition nationale. Il s’agit d’une association regroupant des défenseurs congolais des droits humains », a-t-il ajouté.
Tout en louant certaines avancées avec notamment l’adoption en 2023 de la loi portant protection et la responsabilité des DDH en RDC, il espère que le lancement de cette coalition servira comme un réseau continental qui reconnait que la protection des DDH constitue une responsabilité commune.

Situation plutôt alarmante pour les défenseurs des droits humains particulièrement à l’Est du Pays
Séance tenante, une étude produite sur la Protection des Défenseurs des Droits de l’Homme en RDC a été présentée.
Sous le titre « Héro au Prix Ultime », l’étude est une évaluation, à la fois qualitative et quantitative, du paysage national de protection des défenseurs des droits humains (DDH) en République démocratique du Congo, a indiqué Jonatthan Magoma, Directeur Exécutif de Partenariat pour la Protection Intégrée PPI, l’une des organisations membres.
Elle met un accent particulier sur la région orientale (Ituri, Nord-Kivu, Sud-Kivu et les provinces limitrophes affectées par les conflits.
« L’évolution rapide de la situation sécuritaire, marquée par l’escalade du conflit dans l’Est de la RDC, l’intensification des violences et le rétrécissement de l’espace civique, a profondément transformé l’environnement dans lequel opèrent les défenseurs. Face à cette réalité, l’étude a été réactualisée en 2026 pour tenir compte de ce contexte plus hostile. La version finale du rapport, qui sera rendue publique ce jour, revient sur les menaces accrues qui pèsent sur les DDH dans les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, en particulier dans les zones sous occupation de l’AFC/M23 », poursuit Jonathan Magoma dans la présentation du rapport.
Intervenant sur la question, le Bureau Conjoint des Nations Unies aux Droits de l’Homme a fait observer que sur le plan juridique, des avancées ont été enregistrées en RDC mais sur le terrain, la situation reste critique.
« en effet, les militants sont confrontés à l’insécurité. Ils font face aux intimidations, aux arrestations arbitraires et aux violences. Cette situation est encore plus préoccupante, dans l’est du pays marqué par les conflits armés. En 2025, 157 cas de violations des droits des défenseurs ont été documentés par le bureau des Nations Unies aux droits de l’homme BCNUDH. De janvier à mars 2026, 29 nouveaux cas ont également été documentés », a indiqué Souleymane Coulibaly Kafana, représentant du BCNUDH.
Dans la même dynamique, les statistiques portant sur les assassinats de ces acteurs de la société civile continuent d’aller de manière croissante, a déclaré de son côté Vicar Batungu Hangi de l’ONG FDAPI.
« depuis 2006, 44 défenseurs des droits humains ont été assassinés en RDC. Parmi ces cas, 21 assassinats ont eu lieu depuis seulement 2023, soit 47,7 % », a -t-il déploré.
Nécessité d’une coalition pour des mécanismes plus forts et coordonnés
« mais par-dessus tout, le besoin prioritaire identifié par l’ensemble des parties prenantes consultées est la création d’une coalition nationale des défenseurs des droits humains », indique Jonathan Magoma, lisant la synthèse du rapport sur la Protection des Défenseurs des Droits de l’Homme en RDC.
Et d’ajouter « cette coalition est perçue comme une nécessité stratégique, voire existentielle, pour assurer la survie des DDH, leur efficacité et leur capacité à poursuivre leur mission de promotion et de protection des droits humains. Les consultations récentes, y compris celles menées après l’occupation de certaines entités dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu par l’AFC/M23, ont renforcé ce consensus ».
S’exprimant à cette occasion, Paul Nsapu Mukulu, président de la Commission Nationale des Droits de l’Homme a salué la mise en place de ce cadre.
« Permettez-moi d’emblée de saluer et de féliciter les initiateurs de cette importante initiative, notamment DefenderDefenders et AfricanDefenders, ainsi que l’ensemble des acteurs nationaux qui ont contribué à sa matérialisation, fruit de longues consultations inclusives et multipartites … la création de cette coalition nationale intervient dans un contexte où le rôle des défenseurs des droits de l’homme n’a jamais été aussi crucial. En effet, les défenseurs constituent les sentinelles de notre démocratie. Ils œuvrent souvent dans des conditions difficiles à la promotion de la dignité humaine, à la consolidation de l’État de droit et à la redevabilité des institutions publiques, ainsi qu’à la protection des personnes les plus vulnérables », indique Paul Nsapu Mukulu.
Il reconnaît cependant que ces acteurs essentiels sont encore trop souvent confrontés à des menaces, à des actes d’intimidation, à des poursuites judiciaires abusives, voire à des atteintes à leur intégrité physique.
« Cette réalité interpelle notre conscience collective et appelle à une réponse institutionnelle forte, coordonnée et durable. C’est précisément dans cette perspective que s’inscrit la présente coalition nationale, dont je salue la vocation inclusive, indépendante et résolument tournée vers l’action », a-t-il poursuivi.
Les Pays Bas, un partenaire fiable qui salue l’avènement de cette coalition
Pour l’ambassadrice des Pays Bas en RDC Angèle Samura, ce moment marque une étape importante dans la consolidation d’un mouvement plus structuré et durable travaillant pour la liberté, la justice de chaque citoyen congolais.
Elle précise que son pays considère les défenseurs des droits de l’homme comme « gardiens essentiels dans la supervision des actions des autorités, la documentation des violations, la promotion des réformes et la sensibilisation des communautés ».
« leur travail n’est pas seulement légitime, il est nécessaire pour une démocratie forte et durable. La violence, l’impunité, les menaces et les restrictions légales pèsent très lourdement sur les défenseurs des droits de l’homme en RDC. Beaucoup d’entre eux travaillent dans des contextes très difficiles, parfois leurs vies sont menacées. En rassemblant les organisations, les mouvements, les individus dans ce cadre commun, cette coalition nationale renforce la coopération, la solidarité et la capacité collective à faire face aux risques et aux menaces », a déclaré la diplomate.
Et de poursuivre, les Pays-Bas sont très fiers de soutenir cette initiative parce qu’elle traduit concrètement la force de l’unité. Une coalition unie peut mieux utiliser les ressources, échanger les bonnes pratiques, organiser des formations de renforcement des capacités et s’engager pour des politiques claires et crédibles ».
Angèle Samura remercie AfricanDefenders et DefendDefenders pour le travail de facilitation et de l’accompagnement stratégique dans la création de cette coalition.
« leur engagement panafricain et leur expertise dans la protection des défenseurs des droits de l’homme ont été une source précieuse d’appui technique et de plaidoyer pour les acteurs locaux en RDC … Je me dois aussi l’obligation de saluer les efforts du gouvernement congolais à travers ces initiatives à garantir un espace civique favorable pour que les organisations puissent se manifester pacifiquement et s’exprimer sans avoir peur d’éventuelles représailles » poursuit-elle avant de conclure « en lançant cette coalition, vous faites un pas de plus pour rendre la défense des droits de l’homme plus solide, visible et incontournable. Les Pays-Bas seront toujours à vos côtés dans ce combat. Merci et vive la coalition nationale des défenseurs des droits de l’homme en RDC ».
Un autre moment fort de la cérémonie a été la reconnaissance et l’homme aux efforts des défenseurs des droits humains, morts arme à la main et d’autres persécutés pendant l’exercice de leur travail.
Par Etienne Mulindwa