Le ministère de l’Enseignement supérieur, universitaire, Recherche scientifique et Innovations suspend, jusqu’à nouvel ordre, les activités académiques et para-académiques dans onze établissements publics d’enseignement supérieur et universitaire de Bukavu et Goma. La mesure concerne l’année académique 2026-2027 et intervient dans un contexte sécuritaire jugé particulièrement préoccupant dans les deux villes.
La décision est contenue dans un arrêté ministériel signé le 20 août 2026 par la ministre de l’Enseignement supérieur, universitaire, Recherche scientifique et Innovations, consulté par Radio Maendeleo mercredi 26 aout 2026.
À Bukavu, dans la province du Sud-Kivu, la mesure concerne l’Université Officielle de Bukavu (UOB), l’Institut Supérieur de Commerce (ISC-Bukavu), l’Institut Supérieur des Techniques Médicales (ISTM-Bukavu), l’Institut Supérieur Pédagogique (ISP-Bukavu), l’Institut Supérieur de Développement Rural (ISDR-Bukavu) et l’Institut Supérieur des Arts et Métiers (ISAM-Bukavu).
À Goma, dans le Nord-Kivu, elle concerne l’Université de Goma (UNIGOM), l’ISC-Goma, l’ISTM-Goma, l’Institut Supérieur des Techniques Appliquées (ISTA-Goma) et l’ISP-Goma.
Inscriptions, enseignements et évaluations suspendus
La décision ne se limite pas à la suspension des cours. Selon l’arrêté ministériel, sont également suspendus les inscriptions et réinscriptions, les enseignements, les évaluations, les délibérations, ainsi que tout autre acte académique susceptible de conduire à la délivrance d’un titre académique au titre de l’année académique 2026-2027.
La mesure est prise « jusqu’à nouvel ordre », sans qu’une date précise de reprise des activités ne soit fixée.
Le ministère justifie cette décision par la situation sécuritaire dans les deux villes et ses conséquences sur le fonctionnement régulier des établissements d’enseignement supérieur et universitaire.
Dans son arrêté, la ministre évoque une situation sécuritaire « particulièrement préoccupante » à Bukavu et Goma.
Elle explique également que la décision vise à préserver la régularité des cursus académiques, la valeur des titres délivrés par la République démocratique du Congo ainsi que la sécurité et les intérêts des étudiants et des membres du personnel.
Les finalistes de 2025-2026 peuvent achever leur cursus
L’arrêté prévoit toutefois une exception en faveur des étudiants finalistes de l’année académique 2025-2026.
Ceux dont le cursus n’a pas pu être régulièrement achevé sont autorisés à présenter leurs évaluations et à accomplir les activités académiques nécessaires au parachèvement de leur formation.
Le ministère précise que ces activités peuvent être effectuées dans des établissements publics ou privés « dont les autorités sont légalement établies par la République ou régulièrement constituées ».
Cette disposition vise notamment à éviter que les perturbations liées à la situation sécuritaire n’empêchent les étudiants arrivés au terme de leur formation d’obtenir leurs titres académiques.
Les étudiants des zones en conflit peuvent être accueillis ailleurs
Une deuxième correspondance signée le 21 août 2026 vient compléter l’arrêté.
Dans une note circulaire adressée notamment au secrétaire général à l’Enseignement supérieur et universitaire, aux présidents des conseils d’administration ainsi qu’aux responsables des établissements publics et privés, la ministre demande aux établissements situés dans les zones non affectées par les conflits de faciliter l’accueil des étudiants provenant des zones concernées.
Elle leur demande de « prendre toutes les dispositions nécessaires en vue de faciliter l’accueil et l’intégration académique des étudiants régulièrement inscrits dans les établissements situés dans les zones affectées ».
Les établissements d’accueil devront notamment vérifier la situation académique des étudiants à partir des documents permettant d’établir leur parcours.
Le ministère demande ainsi la mise en place de mécanismes administratifs appropriés permettant de vérifier les cursus, tout en tenant compte des circonstances exceptionnelles liées au conflit.
Une attention particulière aux étudiants en médecine
La note circulaire insiste particulièrement sur les étudiants inscrits dans les filières de médecine.
Les établissements qui organisent les mêmes filières sont appelés à faciliter leur accueil afin de leur permettre de poursuivre leur formation.
Une attention particulière doit également être accordée aux finalistes.
Le ministère demande notamment aux établissements concernés de faciliter leur participation aux opérations de jury et, pour ceux qui sont arrivés au terme de leur cursus, de leur permettre de l’achever régulièrement.
Cette disposition doit toutefois se faire dans le respect des exigences académiques et réglementaires en vigueur.
Le personnel et les étudiants appelés à respecter l’ordre et la discipline
L’arrêté ministériel demande par ailleurs aux membres du personnel académique, scientifique et administratif ainsi qu’aux étudiants concernés de respecter strictement l’ordre et la discipline pendant la période de suspension.
Le texte précise néanmoins que les droits et avantages administratifs du personnel régulièrement recruté demeurent régis par les dispositions légales et réglementaires en vigueur.
Le ministère annonce également une observation permanente de l’évolution de la situation sécuritaire.
Cette surveillance doit permettre à l’autorité de tutelle de prendre, lorsque les conditions le permettront, les mesures nécessaires au rétablissement du fonctionnement normal des établissements concernés.
48 membres du personnel visés par une suspension de rémunération
Une troisième correspondance, également datée du 21 août 2026, concerne cette fois certains membres du personnel de l’Enseignement supérieur, universitaire, de la Recherche scientifique et Innovations.
La ministre y instruit les secrétaires généraux concernés de procéder à la suspension immédiate du paiement des rémunérations de 48 membres du personnel.
Selon cette correspondance, cette décision fait suite aux conclusions d’une commission mixte chargée d’examiner la situation de membres du personnel accusés par le ministère d’avoir rejoint le mouvement AFC/M23, de lui avoir prêté allégeance ou d’avoir accepté d’exercer des fonctions sous son autorité.
La ministre précise que la mesure intervient alors qu’une procédure de révocation est engagée à leur encontre.
Elle demande donc aux services compétents de prendre les dispositions nécessaires pour suspendre le paiement de leurs rémunérations et de procéder à leur désactivation des listings de paie.
Le document demande également aux secrétaires généraux concernés de faire rapport, dans les meilleurs délais, des mesures prises pour exécuter ces instructions.
28 professeurs, 12 chefs de travaux et 3 assistants concernés
La liste annexée à cette correspondance fait état de 48 membres du personnel. Elle comprend notamment 28 professeurs, 12 chefs de travaux et 3 assistants. Cinq autres personnes sont également mentionnées sous différentes qualités.
Dans sa correspondance, le ministère indique que la suspension des rémunérations est prise en attendant l’aboutissement de la procédure de révocation.
Une reprise dépendante de l’évolution sécuritaire
À travers ces différentes mesures, le ministère de l’Enseignement supérieur, universitaire, Recherche scientifique et Innovations conditionne le fonctionnement des établissements concernés à l’évolution de la situation sécuritaire à Bukavu et Goma.
Pour l’année académique 2026-2027, les inscriptions, les enseignements, les évaluations et les délibérations sont suspendus dans les onze établissements publics visés par l’arrêté, et ce jusqu’à nouvel ordre.
En parallèle, les établissements situés dans les zones non affectées sont appelés à accueillir les étudiants provenant des zones en conflit, avec une attention particulière accordée aux étudiants en médecine et aux finalistes.
Le ministère assure par ailleurs suivre l’évolution de la situation sécuritaire afin de permettre, lorsque les conditions seront réunies, la reprise normale des activités académiques.
Par Omeur Mudekereza