Plusieurs organisations humanitaires intervenant au Sud-Kivu ont été outillées sur les bonnes pratiques de l’action humanitaire, avec un accent particulier sur la protection et la sécurité des travailleurs humanitaires. La rencontre s’est tenue jeudi 20 août 2026 à l’Université Évangélique en Afrique, UEA, à Bukavu, à l’occasion de la Journée mondiale de l’aide humanitaire.
Face à la multiplication des crises et à l’augmentation des besoins humanitaires en République démocratique du Congo, les acteurs du secteur sont appelés à revoir leurs méthodes d’intervention afin de garantir une assistance plus efficace et mieux adaptée aux réalités des populations affectées.
C’est dans cette perspective que plusieurs organisations humanitaires de la province du Sud-Kivu ont participé à une conférence consacrée aux principes de l’action humanitaire, à la protection des travailleurs humanitaires et à la nécessité de placer les communautés au centre des interventions.

Renforcer les connaissances des acteurs humanitaires
Organisée par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies, OCHA en sigle, en collaboration avec le consortium des organisations humanitaires, cette rencontre visait notamment à renforcer les connaissances des acteurs sur les principes qui doivent guider l’action humanitaire.
La protection des travailleurs humanitaires figurait également parmi les préoccupations abordées au cours de cette activité, alors que les conditions d’intervention deviennent de plus en plus difficiles dans plusieurs zones affectées par les conflits et les crises.
L’objectif était également de rappeler aux organisations la nécessité d’apporter une réponse qui corresponde réellement aux besoins des populations touchées.
Pour OCHA, l’action humanitaire ne devrait pas seulement être évaluée à travers le nombre d’organisations présentes ou le volume des ressources mobilisées. L’enjeu principal demeure la capacité à faire parvenir l’assistance aux personnes qui en ont réellement besoin.
Plus de 6,4 millions de personnes déplacées en RDC
Les données présentées au cours de la conférence témoignent de l’ampleur des besoins humanitaires en République démocratique du Congo.
Selon les données d’OCHA, le pays comptait environ 6,47 millions de personnes déplacées internes au début de l’année 2026. Plus de 74 000 nouvelles personnes avaient été déplacées depuis le début de l’année, selon les données publiées par OCHA.
Cette situation traduit l’ampleur des besoins auxquels doivent répondre les organisations humanitaires, particulièrement dans les provinces affectées par les conflits, les déplacements de populations, les épidémies et d’autres crises.
La multiplicité des organisations humanitaires présentes en RDC constitue néanmoins une force, estime OCHA, puisqu’elle permet de mobiliser davantage de ressources, d’expertises et de compétences.
Mais cette diversité d’acteurs pose également la question de la coordination et de la complémentarité des interventions.
L’essentiel reste donc de garantir que l’aide mobilisée atteigne effectivement les populations ciblées et réponde à leurs besoins prioritaires.
Repenser l’action humanitaire
Les participants ont également insisté sur la nécessité de repenser l’action humanitaire à travers la mise en place de politiques et de mécanismes mieux adaptés aux réalités locales.
Cette approche devrait permettre de rapprocher davantage l’aide des populations, de renforcer leur participation dans les décisions qui les concernent et de favoriser des réponses qui dépassent le cadre de l’urgence.
Pour les acteurs du secteur, les communautés ne devraient pas être considérées uniquement comme des bénéficiaires de l’aide, mais également comme des partenaires capables de contribuer à l’identification de leurs propres besoins et à la recherche de solutions adaptées.

Damien Mama appelle à une meilleure coordination
Damien Mama, coordonnateur humanitaire en RDC, appelle ainsi les organisations à privilégier une action fondée sur la complémentarité, l’écoute des communautés et une meilleure coordination des interventions.
Pour lui, l’efficacité de la réponse humanitaire dépend notamment de la capacité des différents acteurs à travailler ensemble et à éviter les chevauchements dans les interventions.
Cet appel intervient dans un contexte où les besoins humanitaires restent considérables et où les ressources disponibles ne permettent pas toujours de répondre à l’ensemble des besoins identifiés.
Dans un message publié à l’occasion de la Journée mondiale de l’aide humanitaire, Damien Mama a notamment appelé au respect du droit international humanitaire, à la protection des civils et à la garantie d’un accès humanitaire sûr et sans entrave.
Il a également indiqué que le Plan de réponse humanitaire 2026 n’était financé qu’à hauteur de 47 % au moment de son message, illustrant les difficultés auxquelles fait face le secteur.
Les ONG nationales plaident pour une collaboration renforcée
De son côté, le Conseil national des fora des ONG humanitaires et de développement de la RDC, CONAFOHD en sigle, salue cette initiative.
Pour cette structure, la collaboration doit demeurer au centre des relations entre les organisations humanitaires nationales et internationales.
Cette collaboration devrait permettre de mutualiser les compétences, de partager les informations disponibles et surtout d’améliorer l’impact des interventions sur le terrain.
Le CONAFOHD recommande ainsi un accompagnement accru des organisations humanitaires nationales afin de renforcer leurs capacités, leur autonomie et leur participation aux mécanismes de coordination.
L’objectif est de cheminer progressivement vers une réponse humanitaire davantage portée par les acteurs locaux.
Donner davantage de place aux acteurs locaux
Pour les organisations nationales, la localisation de l’aide constitue un enjeu important.
Elles estiment que les acteurs locaux disposent d’une connaissance approfondie des réalités communautaires et peuvent donc contribuer de manière significative à l’identification des besoins, à la mise en œuvre des projets et au suivi des interventions.
Une plus grande implication des organisations nationales pourrait également favoriser une meilleure appropriation des projets par les communautés et contribuer à la durabilité des interventions.
Georges Zihindula, secrétaire du CCONAT, une plateforme membre du CONAFOHD, revient sur l’importance de cette démarche.
Pour le CONAFOHD, cette collaboration ne devrait donc pas se limiter à l’exécution des activités sur le terrain. Elle devrait également s’étendre à la conception des programmes, à la prise de décision et aux mécanismes de coordination.

La protection des travailleurs humanitaires au cœur des échanges
La protection et la sécurité des travailleurs humanitaires ont également occupé une place importante au cours de cette conférence.
Ces travailleurs interviennent souvent dans des environnements marqués par les conflits armés, les déplacements de populations, les épidémies et l’insécurité.
Garantir leur sécurité est donc essentiel pour permettre la poursuite de l’assistance auprès des populations vulnérables.
À l’occasion de la Journée mondiale de l’aide humanitaire, Damien Mama a également appelé à mettre fin aux attaques contre les travailleurs humanitaires et à garantir un accès humanitaire sûr, rapide et sans entrave.
La protection des travailleurs humanitaires va ainsi de pair avec la protection des populations qu’ils assistent.
Vers une action humanitaire plus proche des communautés
Au terme de cette rencontre, les différents acteurs s’accordent sur la nécessité d’améliorer la qualité et l’efficacité de l’action humanitaire en RDC.
Cela passe notamment par une meilleure coordination entre les organisations, une plus grande implication des communautés, le renforcement des capacités des organisations nationales et une meilleure protection des travailleurs humanitaires.
Avec plus de six millions de personnes déplacées internes et des besoins humanitaires qui demeurent considérables, la réponse humanitaire en RDC reste confrontée à d’importants défis.
Pour les participants, l’enjeu n’est donc plus seulement de mobiliser davantage de ressources, mais aussi de s’assurer que celles-ci atteignent les populations qui en ont le plus besoin.
Cette conférence organisée à l’UEA aura ainsi permis de rappeler que l’efficacité de l’aide dépend autant des ressources disponibles que de la manière dont elles sont coordonnées, adaptées aux réalités locales et mises au service des communautés.
Par Myriam Mufano