La 9ᵉ édition du Festival Zéro Polémik se tiendra du 9 au 15 novembre 2026 à Bukavu, dans la province du Sud-Kivu. Dans un contexte marqué par les conséquences de la guerre, ce rendez-vous culturel entend offrir à la population une parenthèse de détente, tout en contribuant à la promotion de la paix, de la cohésion sociale et du vivre-ensemble à travers l’humour. Plusieurs activités sont annoncées, avec la participation d’humoristes de différentes générations et de nouveaux talents de la scène locale.

Précision de Joyeux Bin Kabodjo, initiateur et Directeur du Festival Zéro Polémik, dans un entretien accordé à Radio Maendeleo mardi 20 octobre 2026. Selon lui, cette neuvième édition constitue une nouvelle occasion de rester aux côtés de la population de Bukavu, confrontée aux difficultés liées au contexte sécuritaire, plutôt que de délocaliser l’événement.
L’humour comme moyen de résilience face aux conséquences de la guerre
Pour Joyeux Bin Kabodjo, le rire représente bien plus qu’un simple divertissement. Il peut permettre aux habitants de retrouver momentanément un sentiment de légèreté et de reprendre souffle face aux épreuves quotidiennes.
« Celui qui rigole s’offre une parenthèse de vie », explique-t-il, rappelant que le festival s’est donné, depuis sa création, la mission d’offrir ce moment de répit à la population.
L’initiateur estime que l’humour peut également contribuer à soulager les blessures psychologiques provoquées par les violences et les difficultés que traverse la région. Il compare ainsi le travail des humoristes à une forme de pansement pour les blessures physiques et mentales, sans prétendre effacer les souffrances vécues.
À ses yeux, les artistes ont un rôle à jouer dans l’accompagnement des communautés, notamment en abordant les réalités sociales avec intelligence et sensibilité. Il souligne toutefois que faire rire ne signifie pas se moquer des victimes ni raviver leurs douleurs. L’enjeu est plutôt de trouver les mots et les situations susceptibles de susciter le rire sans blesser, humilier ou diviser.
La paix et le vivre-ensemble au cœur de cette neuvième édition
Au-delà du divertissement, le Festival Zéro Polémik entend faire de l’humour un moyen de rapprochement entre les communautés. Joyeux Bin Kabodjo souhaite que les spectateurs puissent se retrouver dans un même espace, partager les mêmes émotions et rire ensemble, sans que leurs origines, leurs appartenances ethniques ou leurs langues constituent des barrières.
Selon lui, la cohésion sociale commence notamment par cette capacité à s’asseoir ensemble sans chercher à savoir d’où vient l’autre. Dans une région marquée par les conflits, il estime que les espaces culturels peuvent contribuer à réduire les préjugés et à encourager les échanges entre les habitants.
L’humour doit cependant rester un instrument de rapprochement. L’initiateur insiste sur la nécessité de traiter les sujets sensibles sans verser dans les attaques personnelles ou les considérations susceptibles d’attiser les tensions. Les humoristes, rappelle-t-il, sont des artistes qui s’expriment à travers le rire.
Le festival veut ainsi continuer à promouvoir la paix, la cohésion sociale et l’éducation par le divertissement, tout en tenant compte des réalités vécues par la population.
Plusieurs activités annoncées du 9 au 15 novembre à Bukavu
Pour cette 9ᵉ édition, plusieurs rendez-vous sont prévus dans la ville de Bukavu. Le programme comprend des spectacles grand public, des soirées de stand-up et un gala réunissant plusieurs générations d’humoristes.
Le 14 novembre, un spectacle grand public baptisé « Gala Mutu ni Mutu » est annoncé au stadium Boholo 4, dans la commune de Kadutu. Cette activité vise à rassembler un large public autour de l’humour et à faire vivre concrètement l’esprit du vivre-ensemble.
Des soirées consacrées au stand-up sont également prévues du 11 au 13 novembre au Bukavu Comedy Club, situé près de la place Mulamba. Elles doivent notamment permettre au public de découvrir différentes prestations humoristiques et de soutenir les artistes de la scène locale.
Le 15 novembre, le festival prévoit son gala à l’Hôtel Résidence Bodega. Selon Joyeux Bin Kabodjo, cette soirée sera captée pour une diffusion sur Canal+ Afrique, une visibilité qu’il considère comme une occasion de valoriser le travail des artistes et de présenter une autre image de Bukavu au-delà des informations généralement associées aux conflits et aux catastrophes.
Les organisateurs annoncent également la participation de plusieurs humoristes, parmi lesquels Red Bienv, Jospin de Mars, Raissa Katara, Grace Kapasi et Jojo la Légende, ainsi que d’autres artistes.

« Gala Mutu ni Mutu » : réunir les anciennes et les nouvelles générations
Parmi les particularités annoncées pour cette édition figure la volonté de réunir sur une même scène des humoristes de différentes générations. Joyeux Bin Kabodjo cite notamment Kapenge, Bugimassifa, Roadjadja et Pachanga.
Pour l’initiateur, cette rencontre entre artistes constitue un moment important, car elle permet de valoriser les humoristes qui ont contribué à faire évoluer la scène locale, tout en favorisant les échanges avec les nouvelles générations.
Cette démarche s’inscrit également dans la volonté de préserver la mémoire artistique de Bukavu et de montrer aux jeunes que l’humour peut constituer un parcours professionnel et un moyen d’expression durable.
Joyeux Bin Kabodjo considère cette initiative comme l’un des temps forts de la neuvième édition. Il dit attendre avec enthousiasme cette soirée qui doit réunir des artistes ayant marqué différentes étapes de l’évolution de l’humour dans la ville.
Le Bukavu Comedy Club, un héritage du festival
Après huit éditions, Joyeux Bin Kabodjo estime que le Festival Zéro Polémik a contribué à faire émerger une dynamique humoristique à Bukavu. Il cite notamment la création et le développement du Bukavu Comedy Club, qu’il présente comme l’un des prolongements concrets du festival.
Cet espace offre aux jeunes humoristes un cadre pour apprendre, se former, expérimenter leurs prestations et rencontrer le public. Selon l’initiateur, le festival a également encouragé certains artistes à croire en leurs capacités, à participer à des spectacles à l’extérieur du pays ou à organiser leurs propres événements.
Il souligne que la tenue régulière du festival est importante dans une ville où les artistes ont besoin de scènes pour s’exprimer. Le maintien de ce rendez-vous contribue, selon lui, à préserver l’espoir et à soutenir la création culturelle, même lorsque le contexte devient difficile.
La neuvième édition apparaît ainsi comme une nouvelle étape dans la continuité d’un projet qui cherche à développer l’humour local et à offrir davantage de possibilités aux jeunes talents.
Présenter une autre image de Bukavu
Joyeux Bin Kabodjo met également en avant la portée de la diffusion du Festival Zéro Polémik sur Canal+ Afrique. Il estime que cette visibilité permet de présenter Bukavu sous un angle différent de celui des actualités dominées par les violences, les incendies, les inondations et les autres drames.
À travers les prestations humoristiques, le festival veut montrer une ville où les habitants continuent de vivre, de créer, de développer leurs talents et de chercher des raisons d’espérer malgré les difficultés.
Pour lui, il est important que Bukavu puisse aussi être connue pour ses artistes, ses initiatives culturelles et sa capacité à produire des événements qui rassemblent les habitants.
Le festival contribue ainsi, selon son initiateur, à la valorisation de l’image de la ville, tout en offrant une plateforme aux artistes qui souhaitent faire connaître leur travail au-delà du Sud-Kivu.
Un appel à la participation massive du public
À l’approche de cette neuvième édition, Joyeux Bin Kabodjo invite la population à participer aux différentes activités prévues du 9 au 15 novembre 2026 avec comme prix par place 1$ pour toutes les activités sauf le grand gala du rire prévu à l’hôtel résidence le dimanche 15 novembre. ici le droit d’entrée est fixé à 10$ et 100$ sur réservation.
Il encourage les habitants à venir partager ces moments indépendamment de leurs origines, de leurs appartenances communautaires ou des langues qu’ils parlent. Le festival prévoit en effet des prestations en français, en swahili, en mashi, en kirega et dans d’autres langues de la région.
Pour l’initiateur, le message est simple : se retrouver, rire ensemble et préserver les liens sociaux malgré les épreuves.
Les informations pratiques concernant le programme et la billetterie sont disponibles sur les pages des réseaux sociaux de Joyeux Bin Kabodjo et du Festival Zéro Polémik.
Avec cette 9ᵉ édition, le Festival Zéro Polémique entend donc poursuivre son engagement en faveur de la paix, de la résilience et du vivre-ensemble, tout en soutenant les jeunes talents et la vitalité culturelle de Bukavu. Une édition qui s’inscrit dans la continuité des précédentes et qui prépare déjà le chemin vers la dixième.
Par Omeur Mudekereza